« La ruralité a besoin de générer une économie sur son territoire »

Photo portrait Geneviève Barat, vice-présidente de la région Nouvelle-Aquitaine

Geneviève Barat est vice-présidente de la région Nouvelle-Aquitaine où elle est notamment chargée de la ruralité. Également agricultrice et élue de la Creuse, elle explique pourquoi la Région s’implique dans la filière laine.

Pourquoi la Nouvelle-Aquitaine s’implique-t-elle particulièrement dans la filière laine ?

La Région a beaucoup d’intérêt à développer son économie à partir de ressources locales et de ses savoir-faire. Elle a un produit emblématique, avec la tapisserie d’Aubusson : une belle filière !

La collectivité s’est impliquée dans l’obtention de l’indication géographique, car c’est essentiel d’attacher un produit à son territoire, à un terroir. C’est unique, et ça permet de conserver une économie locale.

Quel est l’apport de la filière Lainamac ?

En Europe, la laine, matière noble s’il en est, est considérée comme un déchet, à cause des mites. Et, en France, la filière laine a perdu des savoir-faire et des compétences, notamment pour le lavage, ce qui engendre des surcoûts de production de 30 %. Souvent, elle ne travaille pas sur la finesse de la laine. On a délaissé cette filière, alors que nous avons du fil Angora et la laine la plus douce au monde !

Vue ma connaissance du milieu agricole et mon souci de protéger ce savoir-faire, nous avons décidé de remonter en amont. Ici, les éleveurs sont surtout tournés vers la viande plutôt que la laine. Or, c’est un produit naturel qui a de nouveau la cote.

Dans ce contexte, le cluster textile de Creuse, Lainamac, a permis de développer une filière qui intéresse deux filatures installées dans ce département. Ce projet fait émerger toute une filière d’acteurs qui travaillent ensemble, croisent leurs savoir-faire et obtiennent une reconnaissance au niveau international. C’est une belle image de marque.

Cette filière s’appuie sur un projet de territoire ambitieux, qui met en réseau des métiers, des expertises, des savoir-faire et des points de vue très divers…

Oui, par exemple, la filière travaille avec un chercheur de l’Inra, sur la sélection de la fibre, et avec la Chambre d’agriculture. Le but est d’améliorer la fibre laineuse au niveau de la sélection génétique des ovins, mais aussi la manière dont les éleveurs conduisent les troupeaux et tondent la laine. Il s’agit d’une production d’un petit tonnage. Cependant, sa qualité s’accroît, ce qui intéresse les filatures du territoire. Celles-ci testent les laines produites à partir des races ovines présentes dans le Massif Central.

Gros plan sur des mains en train de trier de la laine de mouton
La filière professionnelle Lainamac dispose d'un centre de formation continue qui forme, notamment, au tri de la laine.

Ce travail de longue haleine bénéficie de l’intelligence collective pour agir,  avec des entreprises, des éleveurs, des chercheurs, des lycées professionnels… Ce n’est jamais simple quand on est plusieurs acteurs, mais c’est un très joli projet de territoire.

La ruralité a besoin de générer une économie sur son territoire, mais sur la base d’un développement endogène, lié à ses propres ressources locales et à des activités existantes. Nous avons ainsi formé un « cluster ruralité » pour soutenir ces innovations.

En savoir plus

À savoir

Le cluster textile de Creuse, Lainamac, est un programme déployé sur trois ans.
Il s’inscrit dans les compétences de la Région (filière, aménagement du territoire et formation) et s’articule autour de quatre actions :
_IG tapisserie ;
_plateforme expérimentale et collaborative ;
_programme de recherche sur la qualité de la laine de Creuse ;
_nouvelle formation professionnelle dédiée au cluster et structuration de l’offre existante, qui sera lancée en 2021.

À ce jour, pour les trois premiers axes, la Région a programmé plus de 110 000 euros, complétés par 15 700 euros du fonds européen Leader.

Crédits : DR Twin-Nouvelle-Aquitaine et Lainamac.