« L’Anem souscrit à l’objectif d’adaptation des politiques publiques à la diversité des territoires »

Portrait de Jeanine Dubié

Depuis octobre 2020, Jeanine Dubié, députée des Hautes-Pyrénées, préside l’Association nationale des élus de la montagne (Anem), membre du conseil d’administration de l’ANCT. Un début de mandat marqué par l’impact de la crise sanitaire sur l’activité économique de la montagne. Tourisme, relance économique, transition écologique, appui aux collectivités… : l’élue revient sur les enjeux auxquels font face les territoires de montagne et l’action des commissariats de massif de l’ANCT à leurs côtés.

Le Gouvernement a lancé des travaux de concertation sur le futur plan d’investissement pour le tourisme de montagne. Quels sont les enjeux actuels et quelles orientations l’Anem souhaite encourager ?

Le tourisme occupe une place centrale dans l’économie montagnarde ; il constitue un outil essentiel du développement local. L’offre touristique de la montagne, d’une richesse exceptionnelle, va au-delà des sports de glisse tels que le ski, produit-phare des stations de sports d’hiver et locomotive de l’économie montagnarde.

Si 300 communes environ sont supports de stations petites, moyennes ou grandes, les 6 000 autres communes de tous les massifs offrent bien d’autres attraits sur de nombreux registres. La richesse du patrimoine montagnard – qu’il soit naturel (agriculture, paysage, faune et flore), industriel, architectural ou historique – lui donne vocation à accueillir les touristes toute l’année, venus de l’Hexagone ou de l’étranger : familles, randonneurs, scolaires, sportifs…

La crise liée à la pandémie a amené les pouvoirs publics à interdire l’ouverture des remontées mécaniques pendant toute la saison 2020-2021. Elle a abouti, pour la majorité des acteurs du tourisme, a une « saison blanche ». Ceux-ci ont accueilli positivement les mesures de compensation, notamment celles dites ad hoc en faveur des exploitants de remontées mécaniques et, par extension, les autres mesures en faveur des entreprises affectées par l’épidémie, qui en ont atténué les effets.

Cependant, au-delà de la présente pandémie, il convient de s’interroger sur les mutations en cours affectant globalement la société aux plans économique, sanitaire, technologique, climatique et écologique… avec des répercussions sur le tourisme de demain, dont les paradigmes doivent être revisités.

L’Anem sera partie prenante de tous les travaux liés au tourisme. D’ailleurs, un groupe de travail –composé de membres de l’Anem, associant les présidents de l’ANMSM, de Cluster Montagne et de DSF – vient de proposer 16 mesures en ce sens.

Un programme d’appui aux collectivités de montagne, « Avenir montagnes », auquel l’ANCT a apporté sa contribution, va être annoncé d’ici peu. Qu’en attendez-vous ?

Les programmes et autres offres d’appui doivent être ciblés pour répondre aux attentes des élus. Passées les apparentes connexions qui pourraient exister avec les communes de montagne, certains programmes comme Action cœur de ville ou Territoires d’industrie sont peu tournés vers nos collectivités.

Le programme Petites Villes de demain vise les villes et leurs intercommunalités de moins de 20 000 habitants exerçant des fonctions de centralité. Sur ce premier critère, l’essentiel des communes de montagne est visé, car les 4/5e ont moins de 1 000 habitants. Cependant, seuls 6 % des communes sont concernées par le programme Territoires d’industrie (peut-être parce que l’industrie se trouve dans les vallées plutôt qu’en montagne) et seulement 28 communes par Action cœur de ville.

Il faut donc organiser une offre d’appui à destination de communes aux caractéristiques propres : faible densité, bassin de vie, altitude, enjeux liés à la saisonnalité ou, encore, zone économique parfois étalée sur des dizaines de kilomètres…

L’ANCT gère les contrats de relance et de transition écologique. En quoi est-ce particulièrement un atout pour les territoires de montagne qui doivent faire face à bien des enjeux environnementaux, mais aussi démographiques et économiques ?

Dans leur principe, les contrats de relance et de transition écologique CRTE contribuent à la mise en œuvre de plusieurs mesures du plan France Relance à l’échelle locale et pour accompagner les grandes transitions économiques, écologiques et de cohésion. En ce sens, ils sont appréciés des élus de la montagne, qui voient là un outil pour faire valoir la spécificité de leur territoire.

Pour autant, le principe selon lequel ces contrats seront portés par les intercommunalités ou des regroupements d’intercommunalités peut ne pas correspondre à la situation des communes de montagne. Ces dernières ont, parfois, du mal à faire entendre leur voix.

Néanmoins, l’adaptation des politiques publiques à la diversité des territoires est un objectif auquel on ne peut que souscrire.

L’ANCT compte cinq commissariats de massif qui accompagnent des actions très concrètes, sur le terrain. Quels appuis y trouvent vos collectivités et leurs acteurs socio-économiques ?

Les commissariats de massif sont des lieux d’échange de référence. Les échanges et les travaux produits sont d’une richesse remarquable ! L’ingénierie et l’expertise offertes par l’ANCT à toutes les collectivités du pays sont le lot quotidien des commissaires de massif pour la montagne, depuis des dizaines d’années. Lors de la création de l’ANCT, le commissaire de massif a été en quelque sorte le modèle qu’elle a voulu étendre au pays tout entier. Là encore, la loi Montagne qui a créé les commissariats de massif, a fait figure de laboratoire et d’avant-garde.

Le lancement d’Avenir montagnes – qui mêle plan d’urgence pour l’investissement ainsi qu’un programme montagne plus large – justifie un renforcement des moyens humains et financiers alloués aux commissariats de massif, car ils vont être très sollicités pour que ces mesures, vitales pour nos territoires à court, moyen et long termes, atteignent les objectifs assignés.

Espérons que le droit à la différence, à l’expérimentation et à l’adaptation qui sont des illustrations de la reconnaissance de la spécificité montagne soient renforcés dans la future loi 4D, à l’instar des commissariats de massifs, chevilles ouvrières du développement de la montagne au service de la volonté des élus et des acteurs économiques de la montagne.

En savoir plus

Créée en 1984, l’Association nationale des élus de la montagne compte 6 000 membres : maires, conseillers communautaires, départementaux et régionaux, parlementaires, et membres. Elle regroupe environ 4 000 communes et EPCI, 40 départements et 7 régions. https://www.anem.fr/