« Les agences d’urbanisme sont les ingénieurs du territoire »

Portrait de Jean Rottner, présdent de la Fnau et de la région Grand Est

Jean Rottner préside la Fédération nationale des agences d’urbanisme, la Fnau, partenaire de l’ANCT. Il nous présente le rôle des agences dans la transformation des territoires et l’accompagnement des collectivités. Également à la tête de la région Grand Est, il met en avant les atouts des contrats de relance et de transition écologique, dont l’ANCT assure le déploiement, pour accélérer les projets des collectivités de manière simplifiée et efficace.

Pouvez-vous nous présenter les principales missions des agences d’urbanisme et de leur fédération ?

Plutôt que de mission, j’aimerais mieux parler d’état d’esprit, car nous avons l’habitude de travailler de manière très partenariale et dans le cadre de l’intérêt général.

Nous sommes 50 agences d’urbanisme sur tout le territoire national, métropolitain et ultramarin. Ces agences regroupent, à la fois, les collectivités locales, les acteurs publics de l’aménagement, les universités, les établissements publics, les énergéticiens, mais surtout l’État puisque les agences et leur création sont régies par le code de l’urbanisme. L’État est le partenaire principal et historique des agences d’urbanisme.

Ces agences ont des missions d’observation et de mémoire. Elles animent une vision prospectiviste des politiques territoriales et des projets de territoire – développés le plus en amont possible, car les projets urbains s’étendent souvent dans le temps, demandent de revenir dessus, de concerter, de benchmarker… Tout cela relève du savoir-faire des agences, lieux de dialogue et de coopération entre les collectivités et l’ensemble des acteurs locaux. C’est à l’image d’un think tank qui sait écouter et traduire cette écoute en actions concrètes, sur des sujets extrêmement divers.

Comment les agences d’urbanisme interviennent-elles, dans les territoires ?

Nous travaillons à toutes les échelles territoriales, de l’État jusqu’à la commune, en passant par la région, le département, l’intercommunalité ou les syndicats…

Souvent, dans l’inconscient collectif, on conçoit ces agences comme les actrices de la planification avec des schémas [descendants]. On veut sortir de cette image qui nous colle trop à la peau, car on va bien au-delà de cela. Nous sommes des ingénieurs du territoire, et les 1 700 collaborateurs sont au service de l’ensemble des territoires. Nos structures ont suivi l’histoire de la décentralisation et, aujourd’hui, elles « dénomment » : à partir de la commune ou de l’intercommunalité, elles deviennent des observatrices et, en même temps, des actrices des évolutions du territoire.

Ces agences ont envie de participer à la transformation de la France et aussi au niveau international. Elles ont, en effet, noué des réseaux d’élus, de directeurs mais aussi internationaux.

Vous avez été réélu président de la Fnau, en novembre 2020. Quelles sont vos nouvelles ambitions de ce mandat ?

La Fnau, c’est d’abord un collectif : un collectif de deux présidents [NDLR : avec Patrice Vergriete, président de la communauté urbaine et maire de Dunkerque] qui ont l’habitude de travailler ensemble, de directeurs et de collaborateurs qui croisent cet esprit d’équipe, dans un esprit de think tank.

Pour aller plus loin durant ce nouveau mandat, nous avons quatre priorités :

  • être en capacité d’envisager l’émergence d’un nouveau pacte social sur les enjeux de résilience, d’économie, d’habitat et de transition numérique. Avec la crise que nous traversons, cela nous semble essentiel ;
  • une trajectoire zéro carbone aussi qui s’inscrit naturellement, aujourd’hui, dans cette volonté de transition et de préservation de la planète ;
  • une société qui est en capacité de prendre soin, d’améliorer la qualité de vie, ce qui nous semble majeur ;
  • et, enfin, une coopération territoriale qui doit, peut-être, être revisitée, réinventée et réenchantée.

La Fnau a signé une convention de partenariat avec l’ANCT, l’an dernier. Comment vos interventions vont-elles se compléter ?

Les agences d’urbanisme travaillent actuellement et largement dans le cadre des programmes de l’ANCT : politique de la ville, Action cœur de ville, Petites Villes de demain, les contrats de relance et de transition écologique… Tout cela compose notre ADN au quotidien, et l’Agence nationale de la cohésion des territoires représente, pour nous, une occasion supplémentaire de renforcer notre volonté partenariale et transversale d’agir au service des territoires.

Il était donc important de signer cette convention avec l’ANCT de telle manière que nous puissions trouver notre place dans la volonté de l’Agence de travailler avec tous les partenaires qui peuvent faire avancer nos territoires et notre environnement.

C’est dans ce cadre – extrêmement positif et volontaire, mais aussi peut-être méconnu des autres partenaires de l’ANCT – que nous souhaitons mettre en avant notre existence, notre action et notre volonté de nous mettre au service de l’ensemble des territoires français, quels qu’ils soient.

Lire notre article sur les partenariats

M. Rottner, vous êtes aussi à la tête de la région Grand Est. Quel rôle l’ANCT joue-t-elle dans votre région, notamment pour soutenir les territoires les plus fragiles ?

Chez nous, dans le Grand Est, il y a un vrai sentiment de bonne collaboration avec l’État en région et avec le préfet, naturellement. Je rappelle que les préfets sont les délégués territoriaux de l’ANCT et qu’ils peuvent s’appuyer sur les agences d’urbanisme, comme bon nombre d’entre eux le font déjà, d’ailleurs.

Cette collaboration des collectivités locales avec l’État en région – et de l’État en région avec les collectivités – constitue, pour moi, quelque chose de fort, d’évident. Nous réfléchissons aujourd’hui, par exemple, à la signature conjointe des contrats de relance et de transition écologique – entre l’État, la région et les départements –, afin d’essayer de concevoir une vitrine unique avec, sur étagère, tous les dispositifs qui peuvent venir se compléter et se simplifier.

Et, dans ce cadre-là, l’ANCT joue son rôle de lien et de facilitatrice entre les actions de l’État et celles des collectivités, dans une démarche qui doit nous permettre d’accélérer les projets, d’être plus efficaces, plus efficients.

C’est comme ça que j’imagine, en tout cas dans le Grand Est, une meilleure cohérence et une meilleure coordination dans les programmations de l’État, régionales et départementales. Chacun y met du sien, se concerte et simplifie la tâche aux collectivités – surtout en ruralité, car elles sont souvent dépourvues d’ingénierie –, de manière à pouvoir mettre à leur disposition le meilleur outil, pour être efficace et rendre service.

Cette démarche fait que, en ce qui me concerne, la Région n’est pas qu’une collectivité de dispositifs, mais qu’elle participe vraiment à un élan général et à un sentiment d’appartenance à un territoire qui bouge et se transforme.

Et, d’après votre constat, quelles sont les attentes des collectivités ?

Les collectivités locales ont besoin de cet élan. Elles l’expriment, dans un contexte rendu difficile par la crise que nous traversons. Il faut justement retrouver ces ressources et cette capacité de dire à un maire d’une petite commune qu’il n’est pas seul et qu’on va essayer de faire en sorte de lui éviter de s’adresser d’un côté à l’État, d’un autre côté au département puis à la région ou, encore, à l’agence de l’eau ou à l’Ademe…

On va réfléchir ensemble, en se mettant autour de la même table, pour écouter ce maire, l’entendre, comprendre ses projets et ses besoins et lui fournir les meilleurs opérateurs, dispositifs et crédits disponibles – notamment ceux du plan de relance, pas seulement français mais aussi européens. Il y a donc, aujourd'hui, de vraies marges de manœuvres possibles, que l’on soit petite commune ou métropole. Et, l’objectif, c’est justement de mettre tout le monde dans ce même élan.

L’enjeu, c’est d’aboutir à une meilleure articulation entre tous les dispositifs, créés par l’État ou les collectivités locales. Aujourd’hui, on a besoin d’une meilleure compréhension, d’une meilleure simplification et d’une forme de subsidiarité, quand elle peut exister, pour amener de la facilité aux élus en proximité. Ça, c’est un credo que je poursuis à longueur d’année !

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© Christine Ledroit Perrin