« Les territoires urbains sont la pierre angulaire de la relance »

Portrait de Johanna Roland, maire de Nantes et présidente de France urbaine

Johanna Rolland, maire de Nantes (44), préside l’association d’élus France urbaine. Pour sortir de la crise, elle souligne que les métropoles et les grandes villes doivent avoir les moyens de jouer tout leur rôle dans la relance, qui doit bénéficier aux quartiers prioritaires. Elle prône, par ailleurs, une alliance des territoires urbains et ruraux, débarrassée d’une vision schématique, afin de faire face aux grandes transitions économiques, sociales et environnementales.

Quel rôle souhaitez-vous impulser aux métropoles dans le cadre du plan France Relance ?

La mobilisation doit être collective et totale pour la réussite du pays et pour sortir, par le haut, de la crise sanitaire, économique et sociale sans précédent qu’elle provoque. De ce point de vue, les territoires urbains – à savoir les métropoles, grandes agglomérations et grandes villes – sont la pierre angulaire de la relance.

D’abord parce que, dans  notre pays, 70% de l’investissement provient des collectivités locales. Si on veut passer à la concrétisation du plan de relance, nous sommes des partenaires indispensables, d’autant que les métropoles et les Régions exercent la compétence, partagée, du développement économique. La loi est pourtant claire, et l’État a parfois tendance à l’oublier.

Dans les métropoles et intercommunalités, les élections sont passées, les équipes installées. Nous sommes en train d’élaborer nos programmations pluriannuelles ; nous sommes donc dans les starting blocks pour contribuer à la relance aux côtés de l’État.

À votre sens, quelles sont les conditions pour réussir cette contribution ?

Notre contribution est essentielle si on veut relever les défis, comme la transition écologique. Mais, il faut que l’État nous donne les moyens d’agir. D’abord en matière financière. Ainsi, à France urbaine, nous avons fait une évaluation précise et rigoureuse qui démontre que la crise sanitaire a fait fondre notre épargne de près d’un tiers ! C’est à prendre en considération.

Ensuite, sur la méthode. Nous avons écouté avec attention la proposition de la ministre Jacqueline Gourault, puis du Premier ministre, sur les contrats de relance et de transition écologique (CRTE). À notre sens, ces contrats doivent dégager des moyens supplémentaires, pas simplement de la ventilation de crédits existants. On a besoin, dès maintenant, de passer dans l’opérationnel à l’échelle locale. Et ces CRTE doivent aussi nous permettre de continuer à expérimenter.

Les CRTE

Ce sujet n’est pas institutionnel. C’est un sujet d’efficacité : les métropoles sont en première ligne pour que le plan de relance soit efficace. C’est vrai sur le champ du développement économique, mais aussi sur celui de la cohésion sociale, par exemple. Or, de ce point de vue, j’ai quelques inquiétudes. Seul 0,8% du plan de relance est consacré à la lutte contre la pauvreté. C’est largement insuffisant.

Regardez les files d’attente au Secours populaire ou aux Restos du cœur ! Regardez les commerçants et les indépendants qui basculent au RSA et sollicitent des aides financières pour la première fois de leur vie ! C’est cela la réalité du moment. Sur le champ de la pauvreté, là aussi, les territoires urbains sont au rendez-vous.

Comment les métropoles, très touchées par la crise sanitaire, peuvent-elles accompagner leurs territoires environnants  et aussi s’inspirer de leurs initiatives ?

En premier lieu, nous avons tous besoin de sortir d’une vision schématique et d’opposition permanente – biaisée et souvent instrumentalisée – entre des territoires urbains, qui seraient tous riches, et des territoires ruraux, qui seraient pauvres. Ces poncifs méritent d’être nuancés.

En effet, deux éléments très factuels viennent contester cette grille de lecture simpliste. D’abord, au sein de France urbaine, 50% des communes de l’association sont classées « communes rurales » par l’Insee. Ensuite, l’immense majorité des poches de précarité se trouvent dans nos métropoles qu’on dit pourtant « prospères », notamment dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Je souhaite amener plus de nuance dans cette opposition stérile qui n’apporte aucune solution.

Je prône l’idée d’alliance des territoires, le fait que nos territoires urbains, périurbains et ruraux doivent collaborer et coopérer ensemble. Je crois que coopération et résilience ont un destin lié.

Quelle coopération territoriale appelez-vous de vos vœux ?

Vue aérienne de la ville de Nantes, traversée par la Loire.
En Loire-Atlantique, Nantes Métropole a signé un contrat de réciprocité avec le pôle d’équilibre territorial et rural du Pays de Retz, en 2019.

Nous avons une exigence de coopération publique : notre responsabilité, c’est de nous coordonner pour favoriser des parcours de vie et pour éviter que les habitants – dans les territoires ruraux ou les quartiers prioritaires – se trouvent isolés et se sentent abandonnés par le pacte républicain.  

C’est dans cet esprit « gagnant-gagnant » qu’à Nantes, comme dans d’autres métropoles, nous avons signé des contrats de réciprocité avec des territoires périurbains et ruraux sur des sujets aussi concrets que l’alimentation ou les mobilités (en savoir plus).

Pour la sortie de crise, le fait d’investir, par exemple, dans les mobilités – qui servent le quotidien des habitants, le pouvoir d’achat et la transition écologique – est un axe concret qui doit réunir nos territoires. Quand nous parlons relocalisation, nous parlons alliance des territoires. Quand nous parlons transition écologique, nous parlons alliance des territoires. Quand nous parlons résilience, nous parlons alliance des territoires.

Les métropoles et les grandes villes comptent de nombreux quartiers prioritaires de la politique de la ville, que met en œuvre l’ANCT. Quel appui de l’Agence attendez-vous ?

Vu de 2 tous d'habitations dans un quartier populaire, avec au 1er plan des fresques murales qui entourent une cour.
La moitié des 1 514 quartiers prioritaires de la politique de la ville (ici, à Caen) se situent dans des villes membres de l'association d'élus France urbaine.

D’abord, la moitié des 1514 quartiers prioritaires de la politique de la ville se situe dans des grandes villes, communautés et métropoles qui sont membres de France urbaine. Et encore, je ne compte pas en nombre d’habitants ! C’est vous dire à quel point cette question est, pour nous, prioritaire.

France urbaine compte sur l’ANCT pour faire atterrir les crédits de France Relance dans les villes et quartiers qui en ont le plus besoin. Nous nous sommes félicités des annonces du dernier Comité interministériel à la ville (CIV), encore faut-il que les crédits annoncés en matière d’emploi et d’insertion, de renouvellement urbain, d’éducation, de prévention de la délinquance ou de sécurité profitent au premier chef aux habitants des quartiers populaires.

Notre association compte aussi sur l’ANCT pour accompagner et soutenir la demande de France urbaine de pouvoir expérimenter la délégation d’une partie des crédits du BOP 147 [NDLR : le budget opérationnel du programme dédié à la politique de la ville] sur les actions liées à la réussite éducative, à la prévention spécialisée et à la gestion des emplois aidés.

La délégation des aides à la pierre aux EPCI a fait ses preuves depuis quinze ans : la démarche doit pouvoir s’appliquer pour les crédits « politique de la ville » dans une confiance renouvelée aux intercommunalités et métropoles, devenues au fil des années les autorités organisatrices des politiques de cohésion sociale et urbaine sur leurs territoires.

France urbaine

 

Johanna Rolland, marraine de la première promotion de  l’Académie des territoires

Depuis septembre dernier, Johanna Rolland préside France urbaine, association d’élus qui siège au conseil d’administration de l’Agence nationale de la cohésion des territoires . Elle est également marraine de la première promotion de l’Académie des territoires de l’Agence, qui va développer des formations sur les grandes transitions pour les élus. Pourquoi cet engagement ?

« Aujourd’hui, être élu.e local.e, c’est accompagner les transitions territoriales et les complémentarités entre territoires. Par exemple, dans les mobilités ou l’énergie, ce n’est que dans le partage que l’on trouvera des solutions concrètes. Je considère donc que contribuer à la formation des élus sur ces champs, c’est participer à plus d’actions et plus d’efficacité. Cela renforce l’alliance des territoires.
Nous vivons encore dans une France de traditions, trop jacobine et centralisatrice. Si je suis partisane d’un État fort et stratège, il me semble que reconnaître la capacité des territoires à être des laboratoires de solutions et que contribuer à une forme de culture collective, cela sert l’intérêt général. Et, quand on est élu, on est d’abord là pour servir l’intérêt général ! 
»

Site de  l’Académie des territoires  

 

© Martial Ruaud - ville de Nantes ; P. Garçon - Nantes Métropole ; Dan Aucante/ANCT.